Chateaubriant Actualités, Le Site d'Informations de Châteaubriant

Deux turcs tués il y a trente ans, Châteaubriant se souvient


Article publié par Châteaubriant Actualités le Mercredi 12 Novembre 2014



Ce dimanche 11 novembre 1984, il est un peu plus de 18 h, des ouvriers turcs, travaillant pour la plupart à la fonderie Huard ont l'habitude de se réunir au salon de thé du 17 de la rue de Couëré dans l'hyper centre ville de Châteaubriant. Là, ils sont une quinzaine attablés autour d'un thé, à jouer au cartes. Ils entendent une première détonation et ils pensent à des gamins jouant aux pétards dans la rue. C'est à la seconde détonation que l'un d'entre eux assis à la table la plus près de la vitrine hurle, on nous tire dessus, la table est mise par terre comme une précaire protection, les hommes tentent de se glisser à plat ventre vers les toilettes pour s'y réfugier.  Il est déjà trop tard. A l'extérieur se tient un homme,  il vient de vider le chargeur de son fusil,  tuant deux hommes et en blessant cinq autres. Salih Kaynar et Abdullah Yildiz, gisent au sol, victimes du racisme ordinaire.
Fréderic Boulay, 23 ans, l’assassin dira lors lors des interrogatoires :
" J'ai pris mon fusil à pompe et une vingtaine de cartouches à ailettes pour le sanglier. Je ne prends pas de cartouches à plombs, car ce n'est pas assez précis. J'ai attendu la tombée de la nuit pour ne pas me faire trop voir. Dans le café, il y avait pas mal de monde. J'ai épaulé et tiré du milieu de la rue. Je voyais très bien les gens à l'intérieur. J'ai visé au mieux des corps, là où l'on a le plus de chances de ne pas louper son coup. J'ai vu que les gens se couchaient. Alors, j'ai abaissé mon angle de tir. Vous m'inculpez d'assassinat et de tentatives d'assassinat. Je suis d'accord. Il a fallu un coup de malchance pour que je n'en tue que deux. " ..." Je voulais flinguer des bougnoules. Les Turcs et les Arabes, pour moi, c'est la même chose. En aucun cas, je ne regrette ce que j'ai fait. La France a beau être une terre d'asile, ce n'est pas un dépotoir. J'estime que j'ai servi mon pays...

Papila un des premiers turcs à Châteaubriant et Memduh Gürsoy, gérant du salon de thé, très dignes devant le lieu de l'assassinat, 30 ans après © Alain Moreau
Papila un des premiers turcs à Châteaubriant et Memduh Gürsoy, gérant du salon de thé, très dignes devant le lieu de l'assassinat, 30 ans après © Alain Moreau
La veille, le samedi,  il avait entendu le discours de Jean-Marie Le Pen. Il  habitait Martigné-Ferchaud, commune distante de 15 kilomètres de Châteaubriant et  du haut de ses 23 ans, il  nourrissait une admiration pour le nazisme et  l'hiltlerisme.

Ce mardi 11 novembre 2014, trente années après les faits, une partie de la population de Châteaubriant s'est réunie pour se souvenir des  faits et pour inaugurer une nouvelle plaque commémorative_ une inscription dans le granit au sol existait mais était jugée indécente vu le passage des voitures et les déjections animales.

Une grande partie du conseil municipal était présente ce mardi, ainsi que la gauche historique.  Des gerbes de fleurs ont été déposées en présence du consul de Turquie, Korkut Tufan, du président de l'association turque de Châteaubriant, et de la population turque.


 

En 1984, à Châteaubriant, la communauté turque est timidement installée depuis une dizaine d'années. C'est une population discrète, cette main d’œuvre a été recrutée tout comme les Portugais quelques années auparavant pour effectuer les " tâches les moins nobles " à la fonderie Huard. Cela constitue pour le gouvernement turc de l'époque une manne importante. Les ouvriers turcs venus travailler dans l'ouest de l'Europe, pensent tous un jour revenir au pays.  A l'époque à Châteaubriant, la population turque est mal acceptée dans les cafés du centre ville. Il existe alors deux salons de thé, un dans l'emprise de la fonderie et celui tenu par M. Memduh Gürsoy, au 17 de la rue de Couëré. Châteaubriant à l'époque des faits, est tenue par Xavier Hunault,  père du maire actuel.

Frédéric Boulay fera parler de lui à cause de deux évasions spectaculaires de la prison de Lannemezan, dont une en hélicoptère qui durera quelques heures. Il sera très vite repris en Espagne. Il est décédé depuis.


 



Nouveau commentaire :

Vous avez toute possibilité d'écrire et de vous exprimer sur tout sujet vous tenant à coeur.
Vous connaissez les règles. Aucune atteinte à la personne et c'est tout. Bonne plume.


Pour nous joindre
chateaubriant@orange.fr
06 79 50 86 79









Châteaubriant Actualités édité par ADSL et A.M - Les articles et les visuels font l'objet de droits.ISSN 2257-8501.Déclaration 1143762 CNIL Siret : 498 366 988 00026-APE : APE 5813 20Z. CPPAP ( Commissison Paritaire des Publications et Agence de Presse ) service de presse en ligne reconnu par l’État sous le n° 0617 W 92737.