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Du Sport à l'arène, le grand écart


Rédigé par Guy Grandjean le Mercredi 5 Août 2015 à 21:25 |

Où en est on du dopage dans le sport ?


Pavot ornemental © Guy Grandjean
Pavot ornemental © Guy Grandjean
Les coureurs du Tour de France sont applaudis par tous.

C'est dire : des tricheurs sont admirés par tous, car nous savons, plus ou moins confusément, qu’un bon nombre est copieusement dopé.

Nous entrons dans une société  troublante, dénaturée. Un monde de simagrées, de faux-semblants. Les sourires sont des grimaces, la langue est fourchue. On la qualifie de bois. Comme dans la Rome antique.

Une foule trépignante,  enflammée d’observer les gladiateurs mourir pour son plaisir. Les coureurs dopés à fond, souffriront, mourront peut-être, eux, quelques années plus tard de ces pratiques obscures. Les manchettes de journaux et quelques scoops de 20 heures en feront les choux gras des publicitaires.

Je force le trait ? A peine.

Franchissez les Alpes, changez de sport. Et vous serez peut être surpris d’apprendre qu’en Italie, 70 footballeurs de haut niveau sont décédés de la terrifiante maladie dégénérative, la SLA, à peine passée la quarantaine. Un nombre suspect de morts précoces d’anciens sportifs avait entraîné l’ouverture d’une enquête et la nomination du juge Guariniello en 1998.

 Depuis les investigations se sont ensablées dans les méandres de l’Omerta, malgré les nombreux articles sur « le mal du Calcio ».

Pour le cyclisme, il est question d’AICAR.Véritablement révélée avec les JO de Pékin en 2008,  la revue Cell publie à cette époque les résultats du Pr Evans montrant les effets spectaculaires de cette "nouvelle" molécule sur l’endurance musculaire : des souris dopées à l’AICAR courent 44 % plus longtemps que leurs congénères, sans augmenter leur masse musculaire.

C'est pour ça que bien des  coureurs paraissent maigrichons, vous l'avez remarqué, et c'est très pratique pour se hisser sur les sommets alpins, qui généralement creusent la différence. Connue en fait depuis 1956 par la communauté médicale pour ses propriétés cardio protectrices, l’AICAR ne connaît pas d’usage médical à ce jour.

Son nom est l’abréviation de « 5-amino-4-imidazolecarboxamide ribonucléotide ». Elle permet de stimuler les fibres musculaires spécifiquement liées aux efforts d’endurance et de diminuer la fatigue.

L’AICAR peut s’associer avec le GW501516, molécule expérimentée par le laboratoire GSK notamment dans le traitement du diabète de type 2 et l’hypertension artérielle. Molécule abandonnée, pour ses propriétés carcinogènes bien établies.

Ces molécules ont été ajoutées sur la liste des produits interdits par l’agence mondiale anti-dopage en 2009. Mais ces molécules sont difficilement détectables. Ce secret de polichinelle est connu de tous les responsables du tour, de tous les responsables des chaînes de télé, de tous les « grands » journalistes sportifs.

Mais l’impressionnante machinerie médiatique fonce, tête baissée. Ce traitement de cheval coûte très cher, on parle de plus de 10 000 euros par mois. Une paille. Ajouter les éventuelles nuits en hypoxie, les récupérations « au froid », la facture est salée. On comprend mieux que le tour de "France" vadrouille un peu chez les voisins récupérer quelques marchés...

Mais chut ! Cette dérive est apparue après guerre, même si avant,  tout un chacun pouvait trimballer dans sa musette son flacon d’alcool « pour se donner un coup de fouet » disait-on à l’époque.

Époque « bon enfant »

On courrait à pied, à cheval, à bicyclette sur les traces de l’olympisme redécouvert au début du siècle. La triche existait bien sur, mais la pharmacopée de l’époque nous paraît bien dérisoire.

Pour le respect de « l’esprit sportif », la notre est plus amère. Au début des « trente glorieuses », les amphétamines sont longtemps restées des stars, et le coureur anglais Simpson en est mort sur les cotes du mont Ventoux.

La cortisone, les anabolisants, ont aussi été utilisés au début de cette période de dopage. Anquetil, qui ne faisait pas mystère de ses pratiques douteuses, y a sans doute laissé sa peau. Puis une sophistication continue de l'entraînement s'est installée, avec une lutte constante entre les dopeurs, médecins véreux, et les contrôleurs.

D’ailleurs le mot préparation a pris la place du mot entrainement, c’est tout dire. On a vu apparaitre les hormones de croissance, la créatine, la DHEA, la "ré-équilibration hormonale", l’hormone de croissance et bien d'autres molécules.

Puis la molécule reine, l'incroyable EPO qui vous oxygène comme pas deux. Et l’oxygène est le carburant de toutes nos réactions biochimiques. Mais en injectable uniquement, le jeu de fléchettes s’est donc intensifié.

Si vous préférez inhaler, respirez du Xénon à pleins poumons…De nouvelles panacées sont sans cesse recherchées, pouvant échapper si possibles au contrôle…

La corruption des milieux sportifs de haut niveau est presque générale, à tel point qu'elle parait naturelle ...!

Reste à ouvrir « un bureau de l’anti-dopage », indépendant, incorruptible !

Du Sport à l'arène, le grand écart
Guy Grandjean est biologiste quelque part en Loire-Atlantique. Pharmacien de formation, ancien interne du CHU de Nantes. Il est avant tout un humain qui décrit une biologie comprise de tous.
 
J’ai eu la chance d’avoir une maman qui m’a littéralement initié à la beauté de la nature. Jeune adolescent, elle m’a encouragé à sonder ses mystères, c’était le mot de l’époque. Fille de paysan, elle avait pourtant souffert des cruautés de cette nature, mais elle en avait gardé « un lien invisible », qu’elle a su me transmettre. Étonnamment, ce lien-​là a su me préserver de sombres sentiments, quand la vie s’est montrée intraitable avec mes insuffisances, ou mes regrettables prétentions. Un chant d’oiseau contre une dépression...
Avec humour, il décortique les arcanes de ce qui nous effraie. Il rend plus simple ce qui, dans la science, nous semble rébarbatif.  Guy Grandgean est l'auteur de quatre livres  Les grimoires d'un vieux singe (2004) Un nid à l'ombre (2009) Le propre des microbes (2012) De nature clandestine (2014). 



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