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Fragiliser les retraités, c’est fragiliser tous les français


Article publié par Jean-Louis Tourenne le Lundi 6 Septembre 2010



Nous serons nombreux dans la rue, mardi. Suffisamment nombreux, je l’espère, pour que le message soit clair : nous ne voulons pas de cette réforme là. Elle est injuste, violente, porteuse d’appauvrissements. Elle est à l’image d’un projet de société et d’une philosophie avec lequel nous ne partageons rien et dont il faut dire le nom : le libéralisme.

Une réforme idéologique
Nicolas Sarkozy et les ministres de son gouvernement diront et répéteront que l’on vit plus longtemps et qu’il faut donc travailler plus longtemps à l’image, affirment-ils, du reste de l’Europe.
Mais ils ne disent pas la réalité des faits : les retraités français ne sont pas plus privilégiés qu’ailleurs. La durée de cotisation minimale est l’une des plus élevées d’Europe donc ceux qui ont des carrières incomplètes ou fractionnées sont déjà pénalisés. Ils ne disent pas, non plus, qu’un actif en 2010 produit plus de richesse qu’un actif en 1981, ce qui relativise le rapport cotisants/retraités. Ils ne précisent pas, également, que l’espérance de vie «en bonne santé », c'est-à-dire sans limitation d’activité ou sans incapacité liée à des problèmes de santé, est de 63,1 an pour les hommes, 64.2 pour les femmes et de 59 ans pour les ouvriers.
Et parce que cette réforme est construite sur des mensonges, le dialogue est devenu impossible, la concertation avec les syndicats purement incantatoire. Cette réforme ils veulent la faire et ils la feront si l’on ne s’y oppose pas. Ils veulent la faire car elle s’inscrit dans un projet plus vaste de mise à bas d’un système qu’ils ont toujours combattus : l’état providence, hérité du programme du Conseil National de la Résistance, et une certaine idée de l’épanouissement de l’homme dans la société.
 
Une réforme injuste
 
La réforme telle qu’elle se fait est en train de construire l’un des systèmes les plus durs du continent. Et les conséquences seront catastrophiques. Les Français travailleront plus pour gagner moins : l’allongement à 41,5 annuités de cotisations baissera mécaniquement le niveau des pensions, plongeant dans la précarité un nombre croissant de retraités. Par ailleurs nous assisterons à un véritable transfert de déficits. En effet, le taux d’activité des plus de 55 ans est l’un des plus faibles d’Europe (38,2% contre une moyenne de 45,6%). Le report de l’âge de départ à la retraite sera donc une formidable machine à produire des chômeurs. C’est près de 500 000 seniors sans-emplois supplémentaires que l’assurance chômage devra « digérer ».
Mais surtout c’est une réforme profondément injuste parce qu’elle fait peser l’effort sur les plus démunis, ceux qui ont déjà, en France, un genou à terre. 90% de l’effort de financement reposera sur le travail, seulement 10%¨sur le capital et les hauts revenus. Le pouvoir aura beaucoup communiquer -c’est un de ses talents !- sur l’effort demandé aux plus riches en faisant passer la tranche supérieur de l’impôt sur le revenu de 40 à 41% mais ils omettront, évidemment, de dire que ce taux était de 52,75% en 2002. Comme d’habitude ceux qui possèdent tout sont donc épargnés. Pire, les plus riches des plus riches se voient rembourser des sommes astronomiques au titre d’une mesure phare : le bouclier fiscal. On marche sur la tête : ce sont les plus forts –nos « intouchables »- qui ont besoin d’un bouclier. Et à l’heure des scandales de l’argent-roi, confier la réforme la plus rétrograde du quinquennat à Eric Woerth, le petit frère des riches, relève du plus détestable des esprits de caste.
Ils auront également beaucoup disserté sur une prétendue prise en compte de la pénibilité au travail. Idée forte et généreuse : ceux qui ont des métiers difficiles et éprouvants doivent pouvoir partir plus tôt. Mais ce qui aurait dû être la construction d’un nouveau droit collectif est devenu la nécessité pour le salarié de faire la preuve que le travail l’aura détruit, que sa santé est déjà dégradée, qu’il n’est plus en mesure ni de travailler ni de profiter, réellement, de sa retraite. Cette mesure, applicable sur critères extrêmement strictes, pourrait concerner jusqu’à 10 000 personnes par an. En un mot : une arnaque.

 Progrès et solidarité : une autre réforme est possible
 
En somme, voilà une réforme qui se fait sur le dos des salariés, particulièrement des plus fragiles, qui pénalise ceux qui ont commencés à travailler tôt, qui conduira à l’appauvrissement des retraités et surtout qui prépare le champ à la vraie réforme qui s’annonce : celle de la privatisation des retraites et de l’avènement du chacun pour soi. Nous devons nous y opposer de toutes nos forces et peser sur le débat parlementaire.
C’est d’autant plus nécessaire qu’il y avait l’espace pour une grande réforme, une vraie réforme. Une réforme concertée, consensuelle, fruit d’un compromis national. Une réforme qui aurait su se conjuguer avec l’exigence de progrès et de justice auquel aspirent chacun d’entre nous. Une réforme qui fasse enfin la preuve que la modernité, ce n’est pas la régression des droits.
Nous avions l’opportunité de repenser la place des seniors dans la société en imaginant de nouveaux moyens de prises en charge de la dépendance. Nous pouvions consolider notre système de retraite en mobilisant, au nom de la solidarité, toutes les forces et toutes les richesses de la France : celles produites par le travail, certes, mais également celles produites par le capital.
Car les anciens ont une place dans la société, ils sont moteurs de l’activité économique. Ils s’engagent, souvent, au service de l’autre. Ils sont forces de cohésion sociale, centraux dans la transmission des valeurs.
C’est pourquoi les fragiliser eux, c’est nous fragiliser tous.




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