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Guy Hersant, Photographies au Gabon


Article publié par alain moreau le Jeudi 19 Juin 2008



As-tu le projet de retourner en Afrique prochainement ?
J'aimerais bien travailler dans d'autres pays d'Afrique ou ailleurs. Mais c'est très difficile. Peut-être aussi que je ne suis pas très organisé pour proposer des projets. C'est souvent des opportunités. Depuis sept ans je n'étais pas retourné faire un travail comme ça. Enfin, si, j'avais fait quelques photos à Bamako mais dans un contexte un peu différent. Je pense que ce n'est pas facile parce que ce travail repose à tous les niveaux sur des rapports humains, du dialogue, de l'intelligence partagée, de la confiance ; c'est fragile. Honnêtement il m'arrive de rêver à une "grosse machine" ! C'est-à-dire d'avoir les moyens d'être tout le temps dans cet état d'esprit, de faire des images, de rapporter et de produire pour montrer, c'est ça qui est formidable !
Faisons maintenant un pas en arrière : qu'est-ce qui a fait que tu t'intéresses tant à l'Afrique ?
C'est une vieille histoire ! Ça remonte loin… J'avais une vingtaine d'années quand je suis allé en Afrique pour la première fois. Je suis d'origine rurale, un petit coin de la Loire-Atlantique et issu d'une famille assez modeste. Dans ma famille, personne n'avait jamais vraiment voyagé. C'était même un exploit de parler de quelqu'un qui avait franchi la Loire ! À l'époque, j'étais photographe avec le C.A.P, je travaillais d'un studio à l'autre, j'ai vu une annonce dans une revue professionnelle : un photographe belge installé à Bamako cherchait un assistant pour lui apporter un peu de souffle. Et je suis parti… Ma mère pleurait toutes ses larmes. Ça a été quelque chose de très important pour moi, comme tous les voyages de jeunesse. C'est comme une initiation, la confirmation de quelques rêves. Quand j'étais plus jeune, je lisais beaucoup. Je rêvais de voyager, je connaissais un peu les explorateurs de la période précoloniale. Et tout cela, me faisait rêver ! Dans mon livre de géographie, il y avait des dessins représentant la vie en Afrique, dans les villages, je me rappelle, c'était extraordinaire ! Tu ne sais pas pourquoi, une attirance s'installe… Et donc, j'ai eu cette possibilité de partir et ça a été aussi une expérience photographique : j'allais dans les quartiers de Bamako, je faisais des photos. Je me rappelle des gens qui refusaient de se faire photographier. C'était en 1970/1971, je suis parti 6 mois. Après je suis revenu et suis resté longtemps sans voyager. J'ai fait une école de photographie en Alsace, un peu plus tard, je me suis installé à mon compte en Bretagne, à Lorient. Et en fait le voyage très important que j'ai fait après, a été la Chine. En 1978, j'ai eu une commande du Centre Pompidou. J'ai fait un boulot qui a été apprécié. On m'a demandé de retourner en Chine trois mois après pour compléter. C'était l'exposition du trentième anniversaire de la révolution chinoise, il y a eu aussi une exposition personnelle à la Fnac et un livre. Cela m'a fait connaître un peu à l'époque…
En fait, je suis revenu en Afrique seulement en 1983. C'était un voyage que j'avais préparé, que j'avais fait pour moi : le Sénégal, le Mali. Et puis après je suis retourné à maintes reprises, j'ai souvent photographié les trains et Chemins de fer pour "La vie du rail".
C'est vraiment l'Afrique que j'aime, qui me questionne et me renvoie sans cesse à mes fondements. Ça a été le premier voyage, les rencontres et plus particulièrement le Sahel, le Mali.
Et pendant ce premier voyage à Bamako, est-ce que tu as fait la connaissance des photographes locaux, de Malick Sidibé, par exemple ?
Bien sûr, j'ai connu à cette époque Malick ! Il venait acheter son papier dans le studio où je travaillais. Il venait à mobylette avec sa boîte de papier et il achetait 10 ou 20 feuilles à la fois. Et quand il avait vendu ses tirages, il venait acheter à nouveau du papier. J'ai vraiment beaucoup de regrets : quand j'ai fait ce voyage, je n'avais aucune culture photographique. Je ne connaissais même pas Cartier-Bresson. Je n'avais pas fait d'études spécifiques. J'étais un bon photographe voilà : je savais bien photographier les gens dans les studios, régler les éclairages, j'étais "nickel" au labo et je savais retoucher les photos et les négatifs. Pendant ce temps-là, j'ai vu Malick presque toutes les semaines et jamais je n'ai eu l'idée de voir ce qu'il faisait, d'aller visiter son studio.
Le photographe chez qui tu faisais ton apprentissage connaissait-il un peu son travail ?
La personne chez qui j'étais c'est un Blanc, un Belge, un ancien colon. Quand je pense à ça…, c'était vraiment une période de transition. C'était un homme qui s'était installé dans sa jeunesse au Cameroun, il était vraiment gentil, un petit peu aigri, un petit peu fatigué, un peu désabusé de l'Afrique. Il avait connu l'Afrique coloniale et se retrouvait dans l'Afrique indépendante. Il n'y avait pas d'enthousiasme, pas de mépris. Mais il y avait la lassitude. C'était un monde qui lui échappait. Je ne percevais pas cela à l'époque, c'est avec le recul que j'analyse cela. C'était quelqu'un qui avait aimé l'Afrique à la manière des colons. Qui avait aimé y entreprendre, y vivre. Il devait avoir l'âge que j'ai maintenant. Ce n'est sûrement pas lui qui m'aurait dit : "va voir les photographes africains, c'est vraiment bien !".
Peut-être que mon patron avait un peu de dédain pour les photographes locaux qui étaient un peu ses concurrents. Ce n'était même pas sa clientèle. Nous, notre clientèle, c'étaient soit les Blancs, les Libanais, les Africains aisés, les cadres. C'était ces gens-là que je photographiais.
Ce qui est curieux, c'est que c'est Malick qui m'a reconnu lors des premières Rencontres de Bamako en 1991 et il est venu vers moi. Il m'était arrivé une aventure à Bamako… J'étais allé faire une photo dans une entreprise à Bamako dans la zone industrielle. C'était un atelier mécanique installé sous un grand hangar. Il y avait le bureau de la direction à l'intérieur, sorte de construction fermée. Et, pour faire cette photo, j'étais monté sur ce bureau avec l'appareil, le pied. Je suis passé au travers du plafond qui était dans une sorte d'isorel, donc pas solide ! Évidemment, tous les ouvriers de l'usine m'ont vu me casser la figure et la mésaventure a fait le tour de Bamako, notamment des studios de la ville : "Le petit blanc, il est arrivé, il a fait une photo…" C'était bien sûr arrivé aux oreilles de Malick. C'était très drôle. Je ne m'étais pas fait mal, l'appareil était tombé. Il était un peu abîmé, et Malick m'a dit que finalement il l'avait racheté quelques années plus tard et réparé.
As-tu encore des images de ce premier séjour ?
Quelques portraits de studio, le footballeur Salif Keita, un voisin cireur de chaussures qui ressemblait à Belmondo mais surtout cinq ou six images qui restent de mes explorations dans les quartiers de Bamako, au bord du fleuve ou au Pays Dogon. (À la fin de mon contrat de six mois, j'ai voyagé durant trois semaines dans le Mali, jusqu'à Mopti et Bandiagara). Ce sont mes premières pépites.
C'est quelque chose qui a été très déterminant pour moi, tout comme les rencontres que j'ai faites plus tard et les fonds que j'ai contribué à faire connaître comme celui de Gabriel Fasunon au Nigeria, de J. K. Bruce Vanderpuije à Accra et les travaux des "ambulants" au Bénin, Togo etc. Malick Sidibé, c'est différent, la relation est plus amicale et intime, sa pratique m'est familière ; il m'a dit que je comprenais son travail par cœur ; c'est plutôt sa personnalité et son esprit, sa générosité, son intelligence du "métier" qui m'ont guidés.
Au sujet de l'œuvre photographique de Vanderpuije et de son influence sur mon travail, je ne pense pas qu'il y ait des repères très précis. Mais quand même, cela m'a ramené à une pratique de la photographie que je trouve très belle et juste. Je me suis dit qu'il valait mieux revenir à des choses simples et essentielles, plutôt que de poursuivre dans des voies formelles et plutôt exotiques. Fasunon m'a bouleversé par sa sensibilité, son attachement d'une parfaite humilité à son œuvre.
Je suis plutôt un photographe documentaire. Ce qui m'intéresse c'est de montrer sur des images une réalité de la société que je photographie. Après, chacun l'interprète à sa façon. Je ne suis pas sociologue, je montre les choses comme je les ressens. Je me méfie de toute forme d'esthétisme en photographie, tout au moins, a priori. Je déteste l'idée qui consiste à faire une belle chose d'abord. Ça m'ennuie terriblement. Je préfère partir d'une chose très neutre et juste. Ce qui en ressort ne nous appartient plus.

Africacultures Marian Nur Goni

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