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Chateaubriant Actualités, Le Site d'Informations de Châteaubriant

Le N°29 de la Revue Pihern est sortie


Rédigé par Châteaubriant Actualités http://www.paysdechateaubriant.fr le Jeudi 30 Juillet 2009 à 05:44 |

Lé  twâ bikrê
 
Kweenëryon  s’é  en vilàyj  antër Ghémnë é Pyésë, ëyou kë n’y’avë denw l’tan deu fâyi métàyri tënu par deu métàyë. Sa të koom on dizë d’atfay dé ferm à màytyë ! Lé raporr té divizë par deu antër lë propriyéterr é l’fermyë, chakhen tiré à li s’k’i pouvé. S’é mon pér m’a kontë sla ; sa  s’pâsë kenw il avë een dizeen d’enwnëy.
 
Yen dé deu métàyë s’aplë Alsid. Il avë een bik k’avë fê twâ bikrê. Alsid sonjë ben sur kë twâ bikrê sa n’allë pwen së partàyjë par deu. Il allë rouchë lë twâzyeem à li tou sël, é l’propriyéterr  n’an sara  ryen.
 
Alsid në yu pâ d’chenws. Ël propriyéterr, Monsyeu dë Coatarblenw, ven li rand vizit just  ô mooman ëyou k’lé twâ bikrê té bon à tùë.

- Tu së ben k’oon é à màytyë mon brav Alsid, li di l’Monsyeu, an pu d’en bikrê, j’veu la pyaw du twâzyeem é lé deu jigo dë dëryér.

Kày fér, kày dir ? « On fra koom Monsyeu lë vdra ! »
 
Alsid yu du maw à dijérë  l’afér, é dë tanz an tan sa li ërvënë ô rench4. Deu mwé aprëy, sa  chyeen à vach li fi senk pëti chyen ! Du kou Alsid s’mi à chenwmiretë ?  I sonji à parr li : « Avèk sa  ël pér Coatarblenw va renjë a gawch5 ! »
 
Le landmen, dë boon eur lë peenyë ô bra, avèk twâ pti chyen dëdenw, lë vla randu ô chatyaw ! I khémenwdi  l’monsyeu :

- Kày veu-tu  mon brav Alsid, dë si bon maten ?

- Vàyé-vou Monsyeu, vou m’avé ben di, n’ya’khëk tan, k’on të à màytyë pour lé bikrê. É ben, yër ô sày, ma chyeen a fê senk pëti chyen, jë veu ét oonét, é j’vou aan ë apportë twâ, j’n’ë pâ ouzë an partàyjë yen par la màytyë !
 
À la Sen-Michë d’aprëy, falli à Alsid chenwjë d’ferm, é dë propriyéterr par la meem ôkâzyon. La  lson  avë étëy ërtënu, mé s’kou-là, sa të su l’rench du Monsyeu k’ê të rëstëy.
 
Ujeen Cogrel
 
« Penfao », « Painfaut » Autre hypothèse possible ?
 
Tout le monde aujourd’hui est à peu près d’accord pour expliquer l’étymologie de « Penfao » de la façon suivante : deux mots bretons, « penn » (tête, bout, extrémité, fin) + « faw6 » (hêtres), ce qui explique que nous voyons un arbre sur le blason de Guéméné-Penfao.

Mais une autre hypothèse, suggérée notamment par Gweltaz Bernier, et que l’on retrouve dans le Dictionnaire du vieux-breton, de Claude Evans et Léon Fleuriot, serait que nous n’aurions pas affaire là au mot breton « faw » (hêtres), mais à un autre mot breton : « paou » (pays, district) issu du latin « pagus », qui a donné en français le mot « pays » et ses dérivés : « payse », « paysan », « paysannerie ».

L’explication serait que le mot « penn7 » provoque la mutation par spiration de l’initiale du mot qu’il détermine, notamment quand celle-ci est un « k » qui se transforme en « c’h » réduit souvent à « h » dans l’écriture des toponymes. Ainsi nous avons « Penhouet » en Avessac et en Fégréac, et « Penhoët » en St Nazaire, « Penhoët » en Piriac, sans compter les nombreux « Penhoat » que l’on retrouve dans toute la Bretagne, pour « penn » + « koed » (bout du bois) ; le « Penhouet » d’Avessac était écrit « Penkoit » et « Pencoit » au 9ème siècle au Cartulaire de Redon. Le mot « penn » a provoqué aussi la mutation par spiration de la consonne « p » qui pourrait s’écrire « ph » comme en gallois, mais en breton on écrit simplement « f ».

Ainsi nous trouvons des toponymes « Penfrad » pour « penn » + « prad » (pré) ou « Penfoull » pour « penn » + « poull » (fosse, mare, trou). De cette façon, « Penfao » pourrait venir de « penn » + « paou » (pays), et l’appellation « Gwen-Menez Penfao » pourrait signifier « Montagne Sacrée au bout du Pays », c'est-à-dire au « bout du pays des Bretons » comme le suggère Yvan Guéhennec de Monterblanc (56) qui fait remarquer, qu’un peu plus à l’Est, il y a St Mars-la-Jaille, et que « Jaille8 » est le vrai mot français, évolué du latin « Gallia » (le mot « Gaule » ayant été inventé après, issue possible du francique *Walha, pays des Walh, Romains [allem. Welsch]). Ainsi on aurait eu là un nom  marquant la frontière entre le pays des Bretons et le pays des Gallo-romains.

Quelle considération peut-on accorder à cette hypothèse ? Il y a d’abord un fait historique : le nom « Guéméné-Penfao » indique une réunion de deux entités : « Gwenn-Menez » et « Penn-Faw ». Au Cartulaire de Redon il est fait mention de « Winmonid » pour désigner « Guéméné », mais seul, sans ajout de « Penfau », comme écrit en 842 pour le « Painfaut » d’Avessac. En 858, dans la charte de donation de la « Villa Urswalt » (aujourd’hui « Orvault » en Guéméné-Penfao, voir Pihern n° 27) aux moines de Redon, le donateur est Hoiarnscoit, machtiern du Plebs Davizac (Avessac). En 854, ce même Hoiarnscoit, est machtiern du Plebs Sei (Plessé) selon la charte 162, où il règle un litige entre trois cousins à propos de la  donation d’une villa - Treb-Hinoï - faite aux moines de Redon par l’un d’eux et que les deux autres contestent ; avec une douzaine de témoins ils se rendent à l’audience d’Hoiarnscoit qui résidait dans sa villa de « Saran ». Et bien « Saran » est aujourd’hui en Guéméné-Penfao. Cela montre que toute la partie de la commune actuelle, sur la rive gauche de la rivière Don dépendait au 9ème siècle, pour une part d’Avessac, pour une autre part de Plessé. Ce qui est sûr c’est que le Plebs Sei du Cartulaire de Redon était très grand, ne serait qu’en pensant à la commune du Gâvre qui est un démembrement de Plessé, ainsi la partie de ND de Grâces, sur la rive droite de l’Isar (Isac), et quelques villages passés en Fégréac.
 
Dans cette partie rattachée à Guéméné un village s’appelait « Penfao », où vint s’établir un prieuré, le prieuré bénédictin de Penfao, dépendant de l’abbaye de Paimpont. Une chapelle fut construite par les moines, et dédiée à St Georges, mais comme « Penfao » était aussi le nom de la frairie et son centre naturel, la chapelle priorale servit aussi de chapelle frairienne. Cette frairie était importante du fait du prieuré bénédictin, où les offices furent célébrés quotidiennement pendant longtemps, ce qui n’était pas le cas pour les autres frairies ; c’est à cause de cette renommée que le nom de « Penfao » est accolé au nom de « Guéméné », et cela depuis longtemps.
 
Par contrecoup, la commune s’étant accaparé le nom « Penfao » le village lui le perdit petit à petit ; de St Georges de Penfao, à cause de la chapelle dédiée à ce saint, il ne fut plus appelé que Saint Georges. Et quand en 1846 on créa la paroisse de Guénouvry, regroupant les trois frairies de Penfao, Dastres et Lessaint, on aurait pu l’appeler « Penfao » et utiliser la chapelle St Georges comme église paroissiale, en l’agrandissant toutefois, mais on choisit un autre village de la frairie de Penfao : « Guénouvry » pour y construire la nouvelle église, il était plus central il est vrai pour les habitants des deux autres frairies. Cela a servi au moins à ce toponyme ancien et bien breton, « Wenwobri » au Cartulaire de Redon, de sortir de l’anonymat.
 
Le « Penfao » de Guéméné  se trouvait, à vol d’oiseau, à 1,5 km de la rivière Don ; en Avessac il y a « Painfaut » situé dans un méandre de la Vilaine, qui vit aussi des moines s’y établir, mais avant il s’appelait « Lis Penfau » (cour de Penfau) et fut une des résidences de Salomon roi de Bretagne. En St Vincent-sur-Oust il y a aussi un village nommé « Painfaut », situé dans un méandre de la rivière Oust. A proximité de ce « Painfaut » de St Vincent il y a un village nommé « Brécihan », et à proximité du « Penfao » de Guéméné il y avait aussi un village nommé « Brésihan9 » (aujourd’hui disparu) ; coïncidence ou bien il y a-t-il une raison ? Mystère !

Quoi qu’il en soit, ce que l’on peut remarquer c’est que ces trois « Penfao/Painfaut » sont en limite de Pays, proche de trois rivières et que les rivières ont souvent servi à délimiter les paroisses primitives (plou) ; dans le cas du « Penfao » de Guéméné il faut bien sur penser au « Plebs Sei » (Plessé), puisqu’à l’origine il en faisait partie. Et bien c’est peut-être là que l’hypothèse « penn-paou » > « penn-phaou » peut prendre un peu de consistance, parce que ces villages étaient situés en bout de pays, de district, de territoire administré par une autorité placée au centre. Mais cette hypothèse peut être mise en doute facilement, car au centre du « Plebs Sei » (Plessé) se trouvent deux toponymes qui sont plus ou moins des synonymes de « Penfao », ce sont « Pinfoux » au Sud-Est du bourg et « Painfant » au Nord. Pour « -foux » au lieu de « -fao » nous verrons ci-après ; pour « -fant » au lieu de « -faut » que l’on trouve dans la graphie « Painfaut », c’est peut-être tout simplement l’erreur d’un scribe qui a confondu un « u » avec un « n », l’erreur a souvent été faite. Par ailleurs le parler mitaw fait souvent la confusion entre les sons « aw » et « enw », exemple « ajonc » se dit aussi bien « jawnày » que « jenwnày », la preuve : en toponymie on trouve des graphies françaises « La Janais » et « La Jaunais » qui désignent dans les deux cas des lieux plantés d’ajonc. Ainsi a pu exister une prononciation locale « Penfenw » au lieu de « Penfaw », et le cartographe entendant cette prononciation mitaw de se dire : quand les gens du coin prononcent « enw » il faut écrire « an » en français.
 

Maintenant parlons de « fou » au lieu de « faw ». En plus du « Pinfoux » de Plessé que nous venons de voir, il y a, à 1km à l’Ouest de ce qui fut le prieuré de Penfao le village de « Tréfoux », et à 1,5 km à l’Est du bourg de Guéméné, on trouve le village de « Coisfoux » ; pourquoi trois toponymes en « fou » et non pas en « faw ». Comme l’explique bien Erwan Vallérie dans son Traité de toponymie historique de la Bretagne, An Here 1995, cela marquerait une influence du parler roman sur le breton dans l’est de la Bretagne. Le mot « fou » a existé en vieux français10, et existerait toujours dans certains parler locaux, avant d’être remplacé par le mot « hêtre » qui vient lui du francique « *hêster ». Le vieux-français « fou » vient du latin classique « fagus », et le breton viendrait du même mot latin, mais par l’intermédiaire de sa forme en bas-latin, où la syllabe « fa- » avec une voyelle longue « fa: » serait devenu « fa! » avec une voyelle brève. Je ne suis qu’un piètre linguiste amateur, plus amoureux des mots et curieux de leur évolution que d’autre chose, mais je trouve bizarre que pour un arbre commun en Europe du Nord et donc dans l’Île de Bretagne – en gallois le mot est « ffawedden » (prononcer : fawezenn) – que les Bretons aient dû emprunter son nom au latin ; je croirais plutôt que les Bretons avaient un mot à eux, assez proche du mot latin, mais qu’il était quand même différent et que cette différence qui explique plutôt les mots « faw » et « fou ». Quand un arbre pousse naturellement dans un pays, les gens de ce pays ont un nom à eux pour le nommer ; quand un arbre est introduit, venant d’ailleurs, il garde souvent le nom qu’il avait dans son pays d’origine en s’adaptant toutefois à la langue du pays où il est introduit ; c’est le cas avec le « buis » introduit par les soldats romains pour orner les tombes des soldats morts. En breton son nom est « beuz » il vient, comme le français « buis » du latin « buxum ». Le mot celtique « briva » existait bien pour désigner un « pont », pourtant il a été éliminé au profit de « pont », du latin « pons, pontis », dans les 3 langues brittoniques ; là, l’explication peut être que les Romains étaient passés maître dans l’art de construire des ponts, et que pour nommer ce qu’ils construisaient, employer le mot « briva » aurait été leur faire un affront.

Pour en revenir à « fou » à la place de « faw » il est certain que les Bretons s’installant toujours plus à l’Est étaient appelés à se mélanger avec des populations parlant le roman, et deux mots à peu près pareil dans chacune des langues étaient appelés à s’influencer mutuellement. Les toponymes « Foi, Foie, Fouaie, Fouet, Foué, Fouy » pour « hêtraie » sont construits à partir du roman « fou ». Les toponymes « Faux », comme « Le Mortier du Faux » en Conquereuil, « Le Faux », un ensemble de champs entre Libon et Ste Clotilde en Guéméné, et beaucoup d’autres champs dont on ne voit le nom qu’au cadastre, viennent du breton « faw ». En français ce nom est prononcé « fô », mais en parler mitaw on dit toujours « faw » comme en breton. Un autre toponyme en Conquereuil est « Lanvaud » pour « lann + faw » (monastère des hêtres), prononciation mitaw : « lanvaw », le mot « lann » provoquant toujours une mutation par adoucissement, voir « Langast » en Vay pour « lann + Cast » (saint patron de la frairie). En Pierric nous trouvons « Coivaux » pour « koad + faw », prononciation mitaw « kwavaw », qui devrait plutôt être « Coifaux » car le mot « koad » ne provoque généralement pas de mutation, mais nous avons un cas semblable avec « Fouy » en Ste Marie de Redon (35) et à côté « Livouy » pour « lis + fouy » (cour de la hêtraie), et peut-être aussi « Tivaux » en Héric, pour « ti + faw » (maison des hêtres) que l’on peut comparer à « Ty Fao » en St Goazec (29). En Nort-sur-Erdre nous trouvons « Toulifaut » peut-être pour « toull-in-faw » (la fosse des hêtres), et en Héric on trouve un autre « Toulifaut » ; ces deux derniers toponymes font penser à des carrières d’extraction de minerai de fer, et nous savons que la région de Nort-sur-Erdre à eu une industrie du fer et qu’une demi douzaine de toponymes bretons y sont liés à cette industrie.

En conclusion, dans ces toponymes que nous venons d’étudier, hormis les noms pour nommer la « hêtraie », c’est le mot breton « faw » qui domine sur le nom roman « fou ».

Donwal Gwenvenez
 



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