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Chateaubriant Actualités, Le Site d'Informations de Châteaubriant

Le N°29 de la Revue Pihern est sortie


Rédigé par Châteaubriant Actualités http://www.paysdechateaubriant.fr le Jeudi 30 Juillet 2009 à 05:44 |

Notes Toponymiques et Lexicographiques
 
Je voudrais revenir sur la signification de certains toponymes étudiés précédemment, à la vue de nouvelles informations.
 
Guéméné : de deux mots bretons « gwen » + « menez », d’après « WinMonid » au Cartulaire de Redon, traduit en latin par « Candice Mons » (blanche montagne). Tout le monde est à peu près d’accord sur cette traduction, mais l’explication « blanc » par la couleur des rochers de quartz des coteaux de Lizien est un peu simpliste, d’autant plus qu’ils devaient être cachés par la végétation. Le sens de « gwen = sacré » est beaucoup plus plausible. Dans la religion druidique, et dans bien d’autres cultes avant le christianisme les hauteurs étaient souvent considérées comme sacrées. Dans la religion mosaïque, pensez au mont Horeb, au mont Sinaï, à la montagne de Sion, au mont Garizim où était le temple des Samaritains. Avec l’arrivée du christianisme beaucoup de ces hauteurs on été christianisées, pensez au Mont St Michel en Normandie, à la Butte Montmartre et à la Montagne Ste Geneviève à Paris ; en Bretagne il y a le Mont St Michel de Braspartz avec une chapelle à son sommet, pareil pour le Menez-Hom. Dans le Morbihan il y a la colline sacrée du Manéguen dans la commune de Guénin, avec deux chapelles à son sommet : la chapelle St Michel et N.D. du Manéguen. « Mane-Guen » est la forme en breton vannetais pour « Menez-Guen », suivant l’écriture du moyen breton, autrement dit la forme inversée de « Gwen-Menez », d’après la syntaxe du vieux breton où on plaçait l’adjectif avant le nom, mais la signification est la même. « Gwen-Menez » est seulement plus ancien que « Menez-Gwen ».

Le nombre de ces « montagnes sacrées » que nous révèle la toponymie bretonne est assez important. Avec la forme vannetaise « Manéguen », outre celui de Guénin, nous avons « Manéguen » en la Trinité-Surzur, « Manéguen » en la commune du Bono (56), « Manéguen » en Erdeven (56), « Manéguen » en Melrand (56), « Manéguen » en Plouhinec (56). Avec la graphie « Menez-Guen » nous trouvons : « Menez-Guen » en Quimper (29), « Menez-Guen » en Brennilis (29), « Menez-Guen » en Mellionnec (29), « Menez-Guen » en Plozevet (29), « Menez-Guen » en Pleyben (29), « Coat Menez-Guen » en Melgven (29), et en ce dernier lieu-dit il y a « Ty Korriganet » (maison des korrigans), une allée couverte, qui fait penser bien sur à un site sacré du néolithique. Le plus curieux c’est cette colline volcanique de 845m de hauteur, au fond de l’Océan Atlantique, à l’Ouest des Açores, sur la ligne de séparation des plaques tectoniques, et que l’on a nommé « Menez Gwen ».  

Guémé : « Guémé » est un hameau de Guéméné-Penfao, à gauche de la route qui mène à Blain, et comme il y a aussi le « Bas-Guémé » à droite de la route, cela indique que « Guémé » proprement dit, se trouve sur une hauteur. A cause de cette hauteur, faut-il voir là aussi « gwen = sacré », possible. L’autre mot pourrait être « maez » (campagne, champ ouvert, open field en anglais). La prononciation mitaw « Ghé-mëy » pourrait renforcer cette idée de « mé = maez ». Ainsi, d’un possible ancien « gwen-maez » on se retrouve dans le même cas d’espèce que « gwen-menez = menez-gwen » car « gwen-maez » inversé cela donne « maez-gwen » qui en moyen-breton s’écrivait « Mesguen » et c’est le nom notamment d’un village en Damgan (56) et d’un autre en Ploudaniel (29) ; il devait aussi y avoir un manoir de ce nom en Plouescat (29) car il y a, ou il y avait, une famille noble « de Mesguen ». Par ailleurs « Mesguen » est un nom de famille courant dans le Léon, porté notamment par la Société des Transports Mesguen de St Pol de Léon. Notons également le lieu-dit « Carguemetz » en Plessé, avec « Car » (kêr) placé devant, donc c’est un possible « Kêr-Gwen-Maez ».
 
Escoublac : ce nom a été un peu éclipsé par le nom de « La Baule », mais le nom de la commune reste quant même « La Baule Escoublac ». Plusieurs étymologies ont été avancées pour « Escoublac » dont : breton eskob-lec'h (lieu de l'évêque) ou latin Escobi-acus (domaine d'Escobius, notable local du Haut Empire romain). Dans le « Dictionnaire du vieux-breton22 » de Léon Fleuriot & Claude Evans, on trouve le mot « scubl » qui en adjectif signifiait « rapace », « glouton » et en substantif « milan » (oiseau rapace). En breton actuel « scubl » a donné « skoul » (nom du milan), et par métathèse « sklofer » (glouton, morfale) et « skloufoni » (ambition). Par ailleurs ce Dictionnaire signale que près de Sarzeau (56) et d’Escoublac (44) existaient les anciens villages de « Couet scouble, Couet er scouble, Couet er scoufle », (Archives de Loire Atlantique, B 2233, fo. 238b, 266b), dont la traduction est « bois du milan ». Ainsi la signification d’Escoublac apparaît clairement : « scoubl » (milan) + « ac » (suffixe qualifiant), autrement dit « un lieu où il y a beaucoup de milans ». En Lusanger il y a aussi le village de l’Ecoublay, qui doit avoir la même signification.  

Nouasse : La Nouasse est un hameau de Guéméné-Penfao, proche du Port-Jarnier. Le Dictionnaire du vieux-breton signale le mot « nouass » avec le sens d’écoulement. Ce doit être un mot parent de « dinaou » (pente, descente), « noë, noue, nouette » (prairie basse, humide) et de « tnou », « tenou » (vallée).
 
Rousch ou rouch : nf ; on dit « de la rousch » ; ce serait une plante marécageuse, le schoenus mariscus selon Louis Bizeul, en français « choin marisque », mais il faut être spécialiste en botanique pour s’y retrouver, car certains la confondent avec la « hésch » et la « hésch » est confondu par d’autres avec la « ghench » (gainche ?), graminée qui pousse plutôt dans les sous-bois et qu’on ramassait à l’automne pour servir de litière aux animaux. Dans le Dictionnaire du vieux-breton on trouve le mot « rusk » (sorte d’ajonc… ou de jonc) ; c’est peut-être ce mot qui subsiste en mitaw sous la forme « rousch », terme générique qui désignerait aussi bien cette sorte de graminée qui pousse dans les bois, qu’une plante de marais. En tout cas, les tiges longues et assez raides, étaient cueillies, mises en bottes, et servaient de chaume pour couvrir les habitations. Ceux qui faisaient ce travail de couverture étaient appelés des « roucheux » et ce nom est porté aussi comme nom de famille.

Yann MIKAEL

Circonstances de la création de l’Université de Nantes en 1460
 
Les Ducs de Bretagne ont attendu longtemps la création de l’Université de Nantes, mais c’était du Pape que devait venir l’autorisation. En attentant, les étudiants bretons devaient aller étudier hors de Bretagne : à l’Université d’Angers, la plus proche, fondée en 1364, à celle de Paris, fondée en 1150, à la Sorbonne, fondée en 1257, à celle de Toulouse, fondée en 1229, à celle de Grenoble, fd. en 1339 ; ou encore à celle de Bologne (Italie, fd. en 1088), la plus ancienne du monde occidental, à Oxford (Angleterre, fd. 1167), Cambridge (Angleterre fd. 1209), Salamanque (Espagne, fd. 1218), Heidelberg (Allemagne, fd. 1386), Leipzig (Allemagne, fd. 1409), etc...
 
Un événement nouveau va toutefois favoriser la démarche sans cesse renouvelée des Ducs de Bretagne : La Pragmatique Sanction de Bourges !

Cette « Pragmatique Sanction » est une ordonnance qui fut promulguée le 7 Juillet 1438, par le roi de France Charles VII, avec l'accord du clergé réuni en assemblée à Bourges. Le roi s'affirme comme le gardien des droits de l'Église de France. Ce décret fut le premier pas vers le gallicanisme. Il affirmait le droit du roi à intervenir lors de l’élection des évêques et des abbés ; parallèlement, il diminuait les pouvoirs financier et judiciaire du Pape : suppression des réserves - appropriation du bénéfice d’un dignitaire ecclésiastique désigné par le pape - et des annates - redevances issues d’un bénéfice, payables au Saint-Siège depuis le xive siècle - ; limitation des appels en Cour de Rome ; restrictions des effets de l’excommunication. Si la pragmatique sanction de Bourges fut acceptée par l’Église de France, elle fut violemment dénoncée et condamnée par le pape Eugène IV.

La Bretagne, duché indépendant, ne reconnut pas la Pragmatique Sanction. En Novembre 1459, le Duc de Bretagne François II envoya une délégation au nouveau pape, Pius II, à Mantoue. Faisait partie de cette délégation Jean Lespervier, évêque de St Malo, qui déclara au pape : « Nos ancêtres une fois qu’ils ont reçu la religion du Christ ne l’on jamais reniée ; ils ont vécu selon les lois de Rome, jamais ils n’ont attaqué les commandements du Saint Siège. Ils rejettent la « Pragmatique Sanction » inventée par la Nation gallicane ».

Parmi les décisions que prit le Pape Pius II, en échange du refus des Bretons d’appliquer l’invention gallicane, et bien il y eut la création de l’Université de Nantes avec toutes ses sections : théologie, droit de l’Eglise,  droit civil, médecine, et toutes les matières licites ce qui donna lieu à une section des Arts. La décision papale était tellement importante et tellement désirée, que le Conseil ducal ne tardas pas à prendre les premières mesures en vue de la création de la future Université, sans attendre la lettre du Pape qu’il ne signa que le 13 Avril 1460.
 
Le successeur de Pius II, Innocent VIII, ne fit pas grand cas de la fidélité des Bretons, lui qui autorisa le 17 Février 1492 le mariage d’Anne de Bretagne avec le roi de France Charles VIII, en annulant en même temps son 1er mariage avec Maximilien d’Autriche, ce qui devait enclencher à brève échéance le processus d’union forcée que l’on sait.     
 
Et la séparation de Nantes et du Pays Nantais du reste de la Bretagne serait-ce un dernier avatar du refus de la Pragmatique Sanction ?
 
Donwal Gwenvenez

L’adverbe de lieu « OÙ » en Préchë Mitaw
 
Pour dire « où il y avait » en préchë Mitaw vous entendrez généralement « où y’avë », autrement dit quelque chose qui n’est guère différent du français parlé courant d’aujourd’hui. Toutefois ce n’était pas ce que nous entendions dans la bouche de nos parents et grands parents il y a  cinquante ou soixante ans. Le français omniprésent qui nous environne, par l’école, la radio, la télévision, etc… a gommé fortement toutes les aspérités un peu trop gutturales d’un parler qui était avant tout rural.
 
« Où il y avait » se disait en réalité : « Ëyou kë n’y’avë ». La partie de phrase « n’y’avë » traduit « il y avait », où le pronom « il » s’est transformé en « n’ », phénomène courant. Par contre « où » se transformant en « ëyou kë » pose problème, mais je vais essayer de proposer une explication. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une zone qui a parlé breton avant de parler un dialecte roman et qu’un certain nombre de mots et tournures du breton sont restés dans le parler Mitaw. « Ëyou kë » ressemble fort à une traduction mot pour mot, ou plutôt une adaptation du breton « e-lec’h ma » le « où » relatif du KLT23 ; « ëyou » qu’il faudrait peut-être mieux écrire « ë-you » serait la traduction adaptée de « e-lec’h » contraction de « en lec’h » (en-lieu) ; le « y » placé devant « où » ne peut pas venir du mot latin à l’origine de « où » car c’était « ŭbi ». Par contre ce pourrait être le même « y » que l’on rajoute en breton dans des formes conjuguées du verbe « mont » (aller),  comme « me a ya » (je vais), « me a yelo » (j’irais) pour faciliter la prononciation. Quant à « kë » ce serait la traduction de « ma » bien que, selon certains, « ma » en breton équivaut déjà à « où » qui en breton vannetais est « men » d’où « e-men » pour « e-lec’h ma ». « E-lec’h ma » serait un double expression, un pléonasme léonard, du pays où les gens aiment bien le breton élargi, là où d’autres préfère le breton raccourci. A croire que les Bretons de la région de Guéméné venaient de par là plutôt que du pays de Vannes, déjà que l’antique paroisse de ce qui est plus ou moins Pierric aujourd’hui, se nommait « Cornov » qui rappelle le nom breton de la Cornouaille. C’est ce que nous trouvons écrit dans les plus anciennes chartes du Cartulaire de Redon, mais après les ravages que firent les incursions normandes beaucoup de choses anciennes disparurent à jamais.

Yann MIKAEL
 
La Bravoure de Gurwant

Le 25 mai 869 l'armée bretonne, le roi Salomon à sa tête, campait sur la rive gauche de la Vilaine dans le plou Davizac (Avessac) près de Redon, ayant en face d'elle, sur l'autre bord, les hordes normandes d'Hasting. Là, un guerrier breton d'une force prodigieuse, Gurwant, qui avait épousé la fille d'Érispoé se signala par un trait d'audace inouï digne d'un chant d'Homère :

Un soir, dans le camp breton, il était question parmi les soldats de 1'extrême cruauté mais aussi de la hardiesse stupéfiante des pirates normands dont on racontait les prodigieux exploits. Excédé par ces propos qui tournaient constamment à la gloire de l'ennemi, Gurwant finit par crier bien haut que ces Vikings ne lui inspiraient aucune crainte. Par conséquent, si le roi Salomon venait à se retirer avec son armée, lui, Gurwant et son corps d'élite composé de deux cents guerriers se faisaient fort de rester trois jours durant après le départ du roi au lieu où ils étaient, pour attendre les attaques d'Hasting et de toutes ses hordes.

Or la flotte normande très nombreuse était mouillée à quelques milles seulement du camp breton. Aussi les bravades de Gurwant furent-elles bientôt rapportées au chef Viking. Sur les entrefaites, après divers combats la paix se fit entre les deux armées ; et pour 500 vaches qu'on lui livra le chef normand s'engagea à se retirer et à cesser ses ravages. Cependant, au moment de partir, Hasting dépêcha un de ses guerriers à Salomon avec mission de lui dire :

 - On a rapporté à mon Seigneur que tu as dans ton armée un chef assez hardi pour s'être vanté de pouvoir demeurer seul ici avec ses hommes, après ton départ, à nous attendre. Si vraiment il est capable de le faire, qu'il reste ici tout de suite mon maître est fort curieux de le voir et de connaître un tel brave.

Salomon stupéfait appelle Gurwant et lui demande s'il a véritablement proféré  des paroles aussi téméraires et aussi folles. Le comte avoue aussitôt le propos et demande au roi la permission de tenir sa parole. Salomon refuse absolument.

- Alors, seigneur, répond Gurwant ; je quitte ton service et je reste ici avec mes hommes.

Salomon lui demande de renforcer son bataillon, Gurwant refuse expressément. Devant une telle détermination le roi finit par céder et se retire. Alors, avec ses deux cents guerriers, Gurwant attend tranquillement pendant cinq jours l'armée d'Hasting. Ce dernier relâche alors un prisonnier de guerre et le dépêche vers Gurwant pour lui demander de se trouver le lendemain au milieu de la matinée à un certain gué où il pourra avoir avec lui, l'entrevue demandée. Il s'y rend à l'heure indiquée mais jugeant ce gué interposé comme un obstacle ou plutôt une défense entre lui et les Normands il le traverse sans plus de considération et s'établit sur 1'autre bord. Subjugués par cet invraisemblable courage et un tel mépris de la mort, les Normands n'osent paraître. Gurwant reste impassible à son poste jusqu’à l'heure de midi ; n'apercevant personne il se décide enfin à traverser de nouveau le fleuve après avoir bravé cinq heures durant toute l'armée normande.

Tiré du livre d’Erlannig « Le Pays de Redon et le destin celtique de la Bretagne », Joseph Floc’h, imprimeur-éditeur à Mayenne 1980.                    



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