Un petit coin de paradis Une fontaine dans un village, deux bonshommes, le curé et le maire, assis sous les platanes et des enfants bras nus et halés qui avancent vers leurs aînés. Tout y est : les générations qui se respectent, la cohabitation du public et du privé, un décor provençal à souhait, l'accent qui chante… Et l'on bascule brutalement à Paris, la nuit. Une conférence à l'Unesco rassemble des scientifiques, des experts, des signataires de l'Appel de Paris (1) et des journalistes autour de constats alarmants : les hommes s'empoisonnent, massacrent leur planète, condamnent leurs enfants. Le nombre de cancers liés à la dégradation de l'environnement explose littéralement. La thèse du film : le lien alimentation-cancer n'est plus a démontrer, aujourd'hui il faut agir, vite, sauver les sols, les nappes phréatiques et les enfants. Pour combattre, pour résister, il faut convertir notre agriculture au bio, consommer bio et écouter notre conscience.
Retour à Barjac, au pied des Cévennes, où il fait bon vivre. Les écoliers cultivent leur potager, les vignes bios abritent de fragiles nids d'oiseaux, les bébés naissent à la maison, la lavande, les coquelicots colorent la campagne. Pourtant la menace plane. Les visages des adultes deviennent graves, les rires des enfants s'envolent, bientôt recouverts par le bruit des avions et sous des nuages de pesticides. Le journaliste et critique gastronomique Périco Légasse mène l'enquête. Il traque les antioxydants, colorants et conservateurs, les E 200 ou 300 et autres additifs, réputés ou déclarés cancérigènes dont regorgent les confiseries et biscuits des écoliers. Un père de famille, ancien viticulteur, pleure, coupable selon lui d'avoir empoisonné son fils atteint de leucémie. Le Pr Sultan du CHU de Montpellier dénonce l'épandage sur les rizières de la Camargue voisine, responsable de contaminer le lait des mères, de le faire devenir jaune. Il pense aussi à ces enfants atteints de malformations génitales car mis au contact d'un environnement pollué par 22 produits chimiques que leur père répand sur ses pêchers. Il rappelle aussi que dans le sang du cordon ombilical de certains nouveaux-nés, on trouve désormais des traces de polluants chimiques… Il est question de services hospitaliers où meurent les enfants "trop atteints". D'une souffrance infinie, cachée.
Réveil des consciences Alors à Barjac, le conseil municipal a tranché. La cantine est passée au bio. Désormais le métier de cuisiniers ne consistera plus à ouvrir des sacs de surgelés et des conserves. Il faudra redonner aux enfants les plaisirs de la soupe de courge, des betteraves crues râpées, des poires que l'on déguste avec la peau. Il faudra revoir les approvisionnements, la préparation des repas forcément plus longue, mais "le coût de la santé n'a pas de prix", selon Monsieur le maire, qui rappelle un de ses préceptes de gouvernance : "C'est une indication de gestion municipale : surtout ne jamais faire passer le comptable avant votre conscience".
Et quand les enfants mangent bio, comprennent la démarche, c'est tout le village qui se met au diapason. En famille on en discute, on offre un nouveau marché aux exploitants agricoles locaux, on retrouve des saveurs perdues. Et lors de la fête de fin d'année, on chante le tube écolo de Yannick Noah, "Le ciment dans les plaines coule jusqu'aux montagnes, Poison dans les fontaines, dans nos campagnes ". Le poing levé pour les petits, les larmes aux yeux pour leurs parents.
Anne Cesbron-Fourrier (1) L’Appel de Paris visant à alerter la société sur les dangers sanitaires des pollutions chimiques a été lancé à la fin du Colloque international tenu à l’Unesco le 7 mai 2004.
Pitch, chiffres-clés et bandes annonces du film "Nos enfants nous accuseront" :
www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com A L'affiche près de chez nous : Cinémachecoul, Saint-Laurent à Blain.
Ne pas manquer : "Notre pain quotidien" (documentaire)
Sur Arte, dimanche 12 avril à 1h15.
Et sur les écrans du Cinémachecoul à Machecoul : jeudi 9 avril, dimanche 12 avril.