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Un Conte de Noël


Article publié par YVAN ETIEMBRE. enseignant à la retraite. ancien Président CD le Samedi 8 Décembre 2012



Un Conte de Noël
"Il était une fois un président ami des indiens. "
Aussi reçut-il en grande pompe à l'Elysée des délégués Yananomami, ce peuple de chasseurs et de jardiniers de la forêt amazonienne. Sans doute était-ce un peu bizarre, ces indiens en coiffure d'aras et labret au milieu des ors de l'Elysée. On pardonnera au président d' avoir gratifié un de ses invités du titre de "cacique», (chef ou roi). Habitué à la monarchie républicaine, il ignorait sans doute que ces "primitifs" n'ont pas de chef mais des hommes influents dont le seul pouvoir est la parole ; chez ces « sauvages » les décisions sont collectives. Ce détail ne figurait pas sur les fiches remises au président avant l'entrevue. Ni lui ni ses conseillers ne pouvaient envisager bien sûr un tel exotisme contraire à toute raison.

Pourtant le président fut parfait : il fustigea, comme il se doit, les Brésiliens qui au nom de la croissance et du progrès, voulaient construire un barrage et continuaient à détruite leur immense forêt. Il promit son aide aux indiens. Les indiens hochèrent la tète, habitués qu'ils sont depuis leur rencontre, à écouter d'une seule oreille les promesses des « blancs ».

Dans le pays du président, il y avait pourtant un coin de forêts et d'eau. Un nom bizarre, Notre Dame des Landes qui évoquait la terre bretonne. Ce n'était pas la forêt amazonienne mais quand même des chênes et des hêtres centenaires, des étendues d'étangs et de marais où vivait une faune évidemment inutile. Il n'y avait plus de chasseurs cueilleurs mais des « jardiniers » à l'instar des indiens, qu'on appelait agriculteurs et même parfois « Paysans bios ». Le premier ministre du président n'était pas brésilien mais il il partageait la même idée de la croissance et du progrès. Il avait aussi des visions grandioses, comme en ont les indiens : dans son rêve il entrevoyait non des forêts, des jaguars et des singes hurleurs mais une immense étendue de béton, d'où s'envoleraient des myriades d'avions. Il en existait dejà plusieurs à proximité mais elles étaient bien trop petites pour que grâce à eux son nom reste l'histoire... Chacun a ainsi les rêves qu'il mérite.

Il détestait le nom du lieu évoquant des landes sauvages ; il détestait ses habitants primitifs , évoquant facheusement d'anciens gardiens de moutons d'un désert, nommé Larzac, . Ceux ci,contre tout bon sens étaient restés obstinément à l'écart du progrès, au point, qu'ils avaient fini par lasser le pouvoir et garder leurs désert. Les « primitifs », cette fois étaient à portée de la belle cité dont il avait été le cacique.le premier ministre ne tolérait pas d'atteintes à son pouvoir. Des pouvoirs, il en avait,au contraire, entassé de multiples au fils du temps(dans le beau pays de France, on appelait cela cumul).

On l'aura encore une fois compris, ce n'était pas un indien dont la parole magique, source du prestige, s'évanouit à l'aube avec les feux de camps;c'était le second cacique d'un pays civilisé.

Il connaissait bien l'histoire de la civilisation:des poignées d'indiens avient occupé inutilement d'immenses étendues, adorant la Nature,le soleil ,le vent ou ,je ne sais quoi, sans jamais s'intéresser au sous sol. Aussi chaque fois qu'on y préssentait de l'or, du pétrole ou le dernier bien précieux appelé "gaz de schiste", on envoyait la troupe expulser les sauvages vers d'autres contrées plus inhospitalières. Ici ces sauvages contrariaient sa vision d'homme d'Etat: celle ci s'agrandissait pourtant à l'échelle d'une immense ville, dévorant tout le territoire, se développant sans cesse. Au fil des routes, des files de camions, toujours plus nombreux, pendant que des avions, toujours plus nombreux sillonneraient le ciel. Ce qui resterait ne serait plus que terre vierge sans jardiniers où il pourrait sans contrainte épandre les déchets et les boues de sa ville, au lieu de devoir louer des terres agricoles pour le faire.

On était en crise économique mais le premier ministre avait trouvé tous les crédits nécessaires pour concrétiser son hallucination.Tant pis si dans le Nord du département, désespérément agricole et retardé, 2000 camions traversaient des petits villages chaque jour, au point que les vitres des écoles en bordure tremblaient de partout ; là on n'avait plus de crédit pour contourner ces villages.

Pour mettre enfin au pas tous ces archaïques, Il envoya alors des sortes de cosmonautes casqués et encagoulés, chasser les jardiners et décida de raser les forêts, de combler les étangs. Ses shamans(qu'en France, on appelait technocrates), lui certifièrent la bienveillance des "esprits banquiers" et du dieu CROISSANCE dès lors que les Airbus remplaceraient, vaches, hérons et poules d'eau.

Comme les indiens, comme les bergers du Larzac, les "jardiniers" décidèrent ,contre toute raison, de se soulever et d'alerter le monde sur la confiscation de leurs terres. Il avaient entendu le message des indiens, mieux que le Président.

Au dernière nouvelle, la présidente du Brésil envisage de recevoir les "jardiniers "pour fustiger l'ethnocentrisme et la folie destructrice des francais. A l'instar du président,va t-elle cette fois encore promettre son aide ? On peut toujours le croire....C'est, en effet, bientôt Noël.



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