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Vous avez dit Vin Bio ?


Article publié par Guy Grandjean le Samedi 24 Octobre 2015

Les problèmes sanitaires dans la vigne se compliquent à un moment où l’efficacité des pesticides s’essouffle. Boire bio, boire sain, oui mais...



© FS999
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In vino veritas.

La vérité est dans le vin, dit-on.

Je dirais qu’il y a même deux vérités.

Le côté vendange, plaisir, la festivité : cette année a été favorable, la récolte abondante, les premières vinifications pleines de promesses : un bon millésime 2015 sans doute, excellent même pour certaines régions.

La fête au rendez-vous. Les langues se délient, les cœurs s’ouvrent.

La deuxième vérité est moins sujet de convivialité : la culture de la vigne est en train de devenir un casse tête chinois pour vignerons expérimentés. Les problèmes sanitaires se compliquent à un moment où l’efficacité des pesticides s’essouffle.

Et leur usage est sévèrement remis en cause dans bien des domaines.

Le cocktail de molécules délétères retrouvé dans le sang de Monsieur tout le monde, certes à très faible concentration, commence à refroidir l’enthousiasme général.

La disparition des abeilles provoquée par un usage massif de très puissants insecticides en est en quelque sorte le symbole.

La vigne, historiquement, c'est une liane. Dans la nature brute, elle grimpe sur les arbres pour épanouir ses fleurs, puis ses grappes en haut de la canopée, le haut des forêts.

Bien entendu, il a fallu attendre la fin de la dernière glaciation pour qu’elle envahisse pratiquement toute l’Europe.

A partir de moins 10 000 ans av. J.-C.

Nous l'avons donc adoptée il y a bien longtemps, nous l'avons domestiquée. Nous l'avons contrainte à nous servir de beaux fruits, de belles grappes qui nous mettent en émoi vers la fin de l'été.

Alors que la variété sauvage ne nous offrait que de chiches grappettes. Nous avons donc appris à la palisser, à la tailler, à l’entretenir depuis fort longtemps, puisque les premières traces de vendange sont datées de moins 5000 ans Av. J-C. en Iran, Géorgie, Arménie, Macédoine…

Pour sa culture, tout se passait à peu près bien jusqu'au XIX è siècle, et ceci avec très peu de chimie, voire pas du tout.

Côté pinard, la piquette était souvent au rendez-vous, un tonneau mal entretenu vous gâte un vin vite fait. Il a fallu attendre le soufre pour désinfecter. On en trouve des traces dès le premier siècle de notre ère.

Ces vins irréguliers, parfois acides, parfois âpres, étaient souvent adoucis par des édulcorants, diverses préparations à base de miel, et le fameux sapa, enrichi à l’acétate de plomb au gout de sucre…
Vous reprendrez bien de cet excellent plomb ?
Personne n’ira vérifier que le vin transporté en amphores était sans doute bien meilleur : ces contenants, hermétiquement clos  étaient utilisés en usage unique.

Le nouveau monde découvert au XVIII siècle a été un fameux choc, pour l’agriculture mondiale.

Après avoir anéanti leurs coriaces occupants, les indiens et leurs bisons, les colons anglais s'en donnèrent à cœur joie pour exploiter de vastes contrées. L’énergie ne leur manquait pas pour mettre en culture d’immenses surfaces de céréales, pommes de terre, fruitiers, etc., et vigne.

Les échanges entre l'ancien monde et le nouveau s'intensifièrent. Et c'est ainsi que deux pestes apparurent un beau jour en Europe, après avoir franchi l'Atlantique. Deux champignons, l'oïdium et le mildiou, qui, depuis, n'ont eu de cesse de menacer les vignes du monde entier.

Puis un misérable puceron se mit à semer la terreur chez les viticulteurs. Jamais une culture ne fut menacée à ce point là de disparition. Cette bestiole était tolérée par les plants américains, qui n’en souffraient nullement donc. Mais il se révéla féroce pour les vignes européennes, après son passage transatlantique.

Ce phylloxéra poussa les agronomes dans leurs retranchements, et enfin survint l'idée géniale, née d'un homme génial, dont tous les vignerons devraient avoir une statue au fond de leur cave. Greffer la vigne : et la greffer sur un porte-greffe insensible au puceron : la vigne était sauvée. Provisoirement.

D'autres pestes s'annoncèrent, et la dernière est particulièrement redoutable, la flavescence dorée. Son nom est d'autant plus joli que sa réalité cruelle. Elle impose des traitements insecticides désagréables.

Qui peut tuer autant les cicadelles contaminées, transporteuses d’une bactérie infréquentable, que les abeilles.

A peine cette peste là fait-elle la une, que d'autres maladies se développent, lentement mais surement, sournoisement.

Les maladies du bois.

Tout un panel de champignons divers s'installe au sein du cep. Un peu, beaucoup, trop. Ces champignons finissent par bloquer les mouvements de sève, et parfois brutalement à la fin de l’été : certains parlent de « crise cardiaque »  de la vigne,  le dépérissement pouvant être rapide.

La principale, on la nomme l'esca.

L’esca, est-ce la cata ?

Maladie vieille comme Hérode, mais combattue pied à pied, cep à cep, à toutes époques, en curant les souches du bois pourri, à l’aspect d’Amadou.

A notre époque, elle touche peu ou prou tous les vignobles du monde, de l 'Australie à l’Amérique du Sud, en passant par l’Europe entière de manière tellement hétérogène qu’on y perd un peu son latin, a priori.

Les facteurs favorisants sont nombreux : les terrains pas assez « travaillés «, la densité trop forte, la fragilité de certains types de cépages, le clonage systématique, la mécanisation intensive, etc. Cette esca est insensible aux fongicides.

Il y a peu on la traitait, parfaitement bien avec des dérivés arsenicaux. Les médecins ont jugé que notre environnement était déjà bien saturé en arsenic : nous en avons tous en concentration significative dans notre sang. C’est un redoutable toxique.

Pas question de tuer le bonhomme pour sauver la dive bouteille !

Les dieux grecs l’avaient nommée ainsi, la dive, la divine bouteille, comme la voix de la chanteuse divine, la diva !

Mais malheureusement, il se trouve que cette maladie fongique ne fait que croître et embellir, pour des raisons diverses, en particulier  à causes de nos « nouvelles » pratiques culturales.

Et globalement, le réchauffement climatique révèle, et accélère ces maladies du bois, en stressant les ceps pendant les étés chauds.

Tout ceci fait penser à une nouvelle crise genre « phylloxéra ». Et la progression de l’esca est, et sera fonction de la réaction du monde viticole. Certains ont trouvé une parade efficace, les viticulteurs qui disposent de la liberté d’augmenter leur « masse salariale ».

Ils reviennent à la méthode ancestrale, puisque cette pathologie du bois date du temps des… Romains.

Chaque cep suspect est analysé, et le bois mort « curé » avec de petites tronçonneuses. De la H.C. : de l'huile de coude !

Un travail de bénédictin !

Mais heureusement, il se trouve que les français, et bien d'autres,  sont prêts à payer « un peu plus » pour déguster des vins de qualité.

La culture de la vigne a donc bon espoir, ce qui paraît moins évident pour d’autres produits où une compétition sauvage transforme les marchés en authentiques coupes-gorge !

 Non, l’esca n’est pas une catastrophe.

Ce qui est catastrophique pour certains, c’est de ne pas prendre le temps, prendre le temps de soigner sa vigne, comme si le temps se consommait !

Mais la comptabilité est passée par là : à la ligne « masse salariale » débitée, le travail humain est donc une charge pour l'entreprise.

C’est devenu possiblement une sorte d'ennemi à abattre à l’époque où les automates et les robots volent de succès en succès.

Le système racinaire des vignes est bouleversé par nos « nouvelles pratiques culturales » : attiré par les engrais, non chahuté par des labours et les binages. Au lieu de plonger dans les profondeurs, les racines restent superficielles.

Le sol est tassé par les engins, il se bétonne. Son activité biologique diminue, et ceci au profit du champignon, le cryptogame qui exulte, dans l’obscurité.

On conçoit aisément qu' un fil tendu de l'économie à l'agrobiologie.

 




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