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La Cavale

Le roman d’Olivier Guez ne fait pas dans le voyeurisme.



La Cavale
On y retrouve peu de passages décrivant les atrocités perpétrées par Josef Mengele au sein d’Auschwitz. Néanmoins, on ne reste pas insensibles aux quelques pages relatant les expériences de ce médecin tortionnaire. Certes de nombreux témoignages sont venus depuis plus de 70 ans accréditer toutes ces atrocités, mais c’est toujours la même angoisse qui nous mène à l’unique
question : comment ?

Comment des hommes, en toute conscience, ont pu faire subir à d’autres hommes de tels actes barbares, au nom d’une « supériorité de race ».

Ne jamais s’abandonner à un sentiment humain. La pitié est une
faiblesse : d’un mouvement de badine, l’omnipotent scellait le sort de ses victimes, à gauche la mort immédiate, les chambres à gaz, à droite la mort lente, les travaux forcés ou son laboratoire, le plus grand du monde, qu’il alimentait en « matériel humain adéquat » (nains, géants, estropiés, jumeaux) chaque jour à l’arrivée des convois. Injecter, mesurer, saigner ; découper, assassiner, autopsier : à sa disposition, un zoo d‘enfants cobayes afin de percer les secrets de la gémellité, de produire des surhommes et de rendre les Allemandes plus fécondes pour peupler un jour de paysans soldats les territoires de l’Est arrachés aux Slaves et défendre la race nordique. Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l’homme nouveau : une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après la guerre.
Du sang pour le sol, sa folle ambition, le grand dessein d’Heinrich Himmler, son chef suprême.
Auschwitz, mai 1943 – janvier 1945.
Gregor est l’ange de la mort, le docteur Josef Mengele.




Dans l’article ci-dessous, datant du 18 décembre 2016, l’auteur Norman Olher, apporte une hypothèse selon laquelle les Nazis étaient tous sous l’emprise de drogues diverses et variées, ou comment justifier les crimes de guerre et leur folie.

Dans son livre, Olivier Guez a souhaité principalement traiter, de façon romancée, de la fuite Sud-américaine de ce médecin aux multiples identités, égoïste et minable, au cours de l’année 1949 jusqu’ à sa mort en 1979. Il a pu le faire à l’issue de travaux d’investigation, en allant enquêter sur place. Il nous explique comment l’Argentine fût la terre d’accueil des criminels et bourreaux Allemands au lendemain de la guerre, sur fond de corruption et de petits arrangements entre amis. Peu d’entre eux ont hélas été appréhendés et ont pu continuer, en toute impunité, à vivre dans le luxe une vie « normale ». Certains sont morts accidentellement ou de maladie.

La fuite de Josef Mengele de l’Argentine au Paraguay puis au Brésil, n’aura jamais de cesse de le tourmenter, même dans ses pires cauchemars. A l’aube de sa mort, c’est un homme affaibli et diminué. La nature à un moment doit faire son œuvre. Il ne reconnaitra jamais ses crimes, même durant un puissant face-à- face avec son fils : il agissait sur ordre, il faisait son devoir.
(…) Mais quid d’Auschwitz papa ? Mengele se déclare innocent des crimes dont on l’accuse. Il s’est battu afin de défendre « des valeurs traditionnelles incontestables » et n’a jamais tué personne. Au contraire, en décidant qui était apte à travailler, il a sauvé des vies. Il n’éprouve aucune culpabilité. Rolf est mal informé, il doit apprendre à tirer un trait sur certains évènements douloureux : remuer éternellement le passé est malsain. L’Allemagne état en danger de mort. Et puis un père et un fils doivent s’aimer quelques soient les circonstances (…) Au fond de lui-même il sait, il sait qu’il ne trouvera la paix qu’en se confrontant à son géniteur, le médecin qui riait à Auschwitz, et sifflait des airs d’opéra sur la rampe de sélection.

La culpabilité, même reniée finit toujours par vous rattraper et vous dévorer de l’intérieur.
Il meurt sur une plage en 1979 sans avoir été jugé.

Olivier Guez a été récompensé du prix Renaudot le 6 Novembre dernier, et confiait ceci lors d’une interview à l’AFP :
" Pour parler du docteur Mengele, un sale type, connu pour ses expériences sur les jumeaux qu'il sélectionnait sur la rampe des chambres à gaz, il n'était pas question de faire de la métaphore."

Samedi 11 Novembre 2017



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