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Vive le jardin au naturel !


Article publié par Anne Cesbron-Fourrier le Vendredi 3 Avril 2009

C'est à un cours magistral de jardinage bio qu'a assisté le public du festival du Film de l'environnement jeudi soir, 2 avril, à Atlantic Ciné. Sur l'estrade, un professeur d'un genre nouveau : le journaliste et jardinier Denis Pépin qui fait rimer "pratiques naturelles" avec efficacité, beauté et plaisir.



Il souffle dans le hall d'Atlantic Ciné comme un doux vent printanier. "Et toi, tu jardines en ce moment ? ", la grande question du jour - du soir - anime les conversations des festivaliers venus en nombre écouter un de leurs maîtres. Il suffit de dresser l'oreille pour apprendre qu'untel a trop mal au dos pour s'y remettre sérieusement, ou qu'une autre est à la recherche d'une solution efficace contre les pucerons. "J'ai tout essayé, et c’est vrai que les produits chimiques commencent à me faire peur", reconnaît Yvonne. Quant à Isabelle, l'enjeu est de taille : elle se lance cette année et ne sait pas encore si elle a la main verte. Tout juste dispose t-elle d'un carré de terre mis à sa disposition par l'association castelbriantaise Rencontres.

Aimer sa terre

La salle est pleine. Petits cahiers et stylos sont de rigueur pour ne pas perdre une graine des précieux conseils que va prodiguer le jardinier en chef. Denis Pépin, fort de ses 30 ans d'expérience dans le jardin biologique, va droit au but : "Je ne vais pas vous parler de trucs. L'essentiel de l'essentiel c'est d'avoir une terre riche en humus et vivante", et "la meilleure façon de résoudre les problèmes, c'est de faire en sorte qu'ils n'apparaissent pas!". Certes, mais alors, comment faire pour en finir avec les pucerons ? Comment se donner toutes les chances d'avoir de belles tomates cet été ? "Avant d'aimer ses plantes, il faut aimer son sol et les petites bêtes qui sont dedans", poursuit Denis Pépin. Et de nous rassurer : la terre de notre jardin peut être meilleure, "grumeleuse, souple et poreuse", si on laisse faire la nature, si on fait des vers de terre et des déchets verts nos meilleurs alliés. Le postulat étant que "le jardin doit rester un plaisir".

Priorité à l'humus

Problème : les terres de l'Ouest sont bien souvent argileuses. Nombre de jardiniers doivent composer avec une croûte de battance qui agit en surface comme une toile cirée, asphyxiant la terre rendue incapable de drainer l'eau jusqu'aux racines des plantes. Denis Papin a connu les affres d'une terre compacte. C'était il y a bien longtemps. Depuis il a retroussé ses manches et remisé le motoculteur aux rangs des antiquités et a fait d'un adage sa ligne de conduite : "l'humus donne du corps aux terres légères et allège les terres lourdes". Place au compost en fin d'été, c'est-à-dire maintenant à condition qu'il soit bien décomposé et avant la mi-novembre. Le potager est concerné tout comme toutes les plantes coupées régulièrement, les rosiers, les cassis… là où la terre est régulièrement privée de ses richesses nutritives. En revanche "pas besoin de compost pour les vivaces, les arbustes d'ornement. Un lilas par exemple se contente très bien de son environnement".

De l'humus oui, mais pas dans n'importe quelles conditions… le conférencier de tordre alors le cou aux pratiques nuisibles. "On n'enfouit jamais un compost en profondeur" où il encouragerait l'apparition de maladies. Posé en surface il favorisera la remontée des vers de terre et des bactéries. "Et pendant qu'ils travaillent, nous on dort", déclare le jardinier amusé.

Pailler, encore et toujours

La seconde règle d'or à observer dans le jardin naturel tient en un mot : le paillage. L'objectif est de ne jamais laisser la terre nue, de la couvrir, de la protéger aussi bien des agressions du  soleil que des pluies violentes. Pour cela, on garde ses tontes de pelouses, on broie à l'aide de sa tondeuse feuilles mortes et coupes de haies. Et on couvre la terre de "ces déchets", tout simplement. L'humidité est ainsi préservée, les mauvaises herbes ne repoussent pas et les bébêtes y trouvent un refuge idéal. Ainsi par exemple, protégé des regards, le timide et peureux staphylin peut vaquer à son occupation favorite : la dégustation d'œufs et de bébés limaces. Quant au ver de terre, il travaille en continu, à enrichir et aérer la terre, été comme hiver, sept jours sur sept, sous le paillis, sans se soucier de la température. Alors biensûr il faut plusieurs années pour récolter les fruits du compostage et du paillage, mais quel résultat : "Vient un jour où l'on n'a plus besoin de bêcher, tout juste un coup de croc", autrement dit "travailler moins pour produire plus!", s'amuse le pro du bio.

Oublions les pelouses "Top model"

Par définition le jardinier bio ne connaît pas les pesticides, herbicides et autres toxiques pour sa santé et celle du vivant en général. Il ne connaît pas non plus les arrosages trop gourmands et les semis à la volée. Il est économe. Et la nature le lui rend bien. Côté pelouse il observe les mêmes règles raisonnables, et surtout il remonte sa lame de tondeuse à 6 cm. "On a transposé le modèle du green de golf aux particulier", s'étrangle Denis Pépin qui voit là une pratique polluante, réduisant en outre le jardinier au rang d'esclave ! Alors qu'en augmentant la hauteur de tonte, on observe rapidement l'apparition de jolies petites fleurs, comme les violettes, les herbes indésirables disparaissent, la pelouse ne souffre plus des épisodes de sècheresse grâce à des racines plus profondes. Le tour est joué.

"Tout est entre vos mains "

Le jardin est un monde en soi. Selon le principe de l'écosystème, si l'on ne veut pas de ravageurs, il faut laisser une place à ceux qui s'en nourrissent. Mieux, il faut les accueillir. Ces auxiliaires, symbolisés par la coccinelle à 7 points mangeuse de pucerons, sont fort nombreux : le staphylin nous l'avons vu, mais aussi la syrphe, cette mouche aux faux airs de guêpe, dévoreuse elle aussi à l'état de larve de pucerons, la coccinelle à deux points, le ver luisant, mais aussi les oiseaux, la chauve-souris… Pour attirer les plus petits, les butineurs, il faut prévoir des fleurs dès février. Les haies seront composées de laurier tin, de sureau noir, de noisetier, de lierre, de fusain d'Europe… on oublie les haies de thuyas. Des œillets d'Inde seront plantés aux pieds des tomates. Quant aux grands auxiliaires, on pensera à eux l'hiver : mangeoires et nichoirs pour les mésanges… Et l'été revenu, on réalisera un point d'eau, véritable point de rencontre des auxiliaires, surtout en période de forte sécheresse, quand la rosée vient à manquer. Un point d'eau planté de touffes gracieuses et fleuries, véritable "buvette" pour les petits et courageux habitants du jardin… en voilà une belle idée pour ceux qui sont à jour de leurs semis ! 

Anne Cesbron-Fourrier

(1) Denis Pépin est l'auteur de :
Le grand livre des haies. Larousse 2005
Compost et paillage au jardin, recycler, fertiliser. Terre vivante 2003;
Coccinelles, primevères, mésanges, la nature au service du jardin. Terre vivante 2008
Vous le retrouvez dans Dimanche Ouest France, ainsi que dans les magazines suivants : les Quatre saisons du jardin bio, Rustica et l'Ami des jardins.
 
 






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