Consommation

Mâcher de la mâche, oui, mais quelle mâche ?

En bord de Loire près de Nantes s’est développée ces quarante dernières années une quasi mono culture de mâche. (La mâche nantaise qu’on voit tapisser quelquefois les couloirs du métro parisien). On a vu apparaître aussi « les jeunes pousses », petites salades destinées à être empochonnées. La  culture de mâche est devenue dépendante de l’application, avant chaque semis d’un dithiocarbamate, le métham sodium, appelé Vapam. Tous les habitants de la vallée, de Saint-Julien-de-Concelles à la Chapelle-Basse -Mer, connaissent ce mot là, parce qu’ils en connaissent tous avant tout l’odeur répugnante.

Classé herbicide, il est en pratique utilisé comme« désinfectant »,« bactéricide », « antifongique ».

En un mot, impressionnant, biocide.

C’est un produit extrêmement nauséabond, suspect d’être cancérigène, mutagène et reprotoxique. Il est à ce titre interdit en Europe. Avec une dérogation possible dans une quinzaine de pays, dont la France, qui en est le plus gros consommateur.

Que ce soit de la mâche, ou « des jeunes pousses », ces salades sont coupées par des automates après quelques semaines de culture. Et certains maraichers se vantent de faire six cycles par an.

Pour faire du bio, j’allais dire, du bieau, la seule alternative industrielle au Vapam consiste à stériliser le sol par la chaleur avec des automates : une plaque chauffée à la vapeur est déplacée par une machine de proche en proche sur toute la parcelle. Cette technique consomme quelques  tonnes de fuel à l’hectare ! ( c’est pratiquement abandonné, vue le coût, et je ne vous parle pas du bilan carbone !)

Une mâche nantaise qui a tout perdu

La sélectivité du Vapam est, en pratique, inexistante, et les auxiliaires, tels les vers de terre y sont tous passés, trépassés même jusqu’au dernier. Au moment de l’épandage, il faut faire attention à la présence de tout être vivant proche.

Moi je ne trouve pas ce mode de culture raisonnable. Même si je vois que les rares maraîchers qui survivent dans ce système un peu démentiel roulent carrosse. Chaque année ce sont des dizaines de tonnes de mâche qui sont détruites, pour cause de mévente. L’an passé, les chiffres sont inconnus, mais c’est peut être presque la moitié de la récolte qui est restée dans les champs.

Certains n’hésitent pas à griller les salades d’un petit coup de glyphosate, bien qu’interdite, cette pratique a tendance à disparaître. Il existe maintenant d’authentiques machines à détruire la mâche non vendable, qui produisent un jus de salade réparti après sur les champs. ( Les petits français ne mangent pas assez de produits frais.)

Personnellement je ne mange pas de cette mâche là. Non pas parce que je crains de m’empoisonner, quoique, mais simplement parce qu’elle est, à quatre semaines, nettement moins gouteuse que celle du petit maraîcher bio d’à côté. Les jardins de la Vallée à l’Artuzière, par exemple, mais il y en a d’autres, qui retroussent leurs manches pour essayer de nous vendre de beaux légumes.

Les « vrais bios » utilisent de la H.C

Autrement dit de l’huile de coude, en attendant les robots désherbeurs, ou d’autres aides technologiques… Leurs salades, non seulement sont délicieuses, mais se gardent au frigo nettement plus longtemps.

Seulement voilà, leur mâche, Il faut la laver ! Je la lave en écoutant FIP Nantes, ou les Beattles, ce qui rend l’opération nettement moins casse bonbons. Si vous me dites qu’elle est plus chère, je vous répondrais que j’en achète moins. Et à peine quand je me fournis directement chez le producteur.

Pour les consommateurs moins sensibles au goût des aliments, il serait bien plus judicieux de faire de la salade en hydroponique, donc en milieu clos. Les maraîchers nantais savent bien faire de la tomate ainsi, en serre, pratiquement sans pesticide.

Dans notre vallée, les maraîchers éleveurs de salade « font de l’hydroponique en plein champ ». Ce qui s’avère un défi totalement impossible à relever, à moins d’utiliser toute une inquiétante pharmacopée !

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