L’enfance est un cerf-volant de corail

Par @actu44, le dimanche 3 mars 2019, mis à jour le dimanche 12 avril 2020 — Châteaubriant, Jean-François Mousseau, Patrick Grainville, Photographie — 3 minutes de lecture
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L’Afghanistan fabuleux en proie à la guerre. A la ruine. Au-dessus des clans belliqueux, un enfant joue avec un cerf-volant. La couleur virevolte en plein ciel, fuyant les bâtiments broyés. Il y a toujours une chance d’envol pour les enfants, de fugue céleste ou terrestre, d’imaginaire qui peut les sauver. Le cerf-volant d’Asie est l’oiseau de bon augure, libérateur et ludique, porté par le vent mobile. Cerf-volage et voltige. Volée, vie, voyage.

Jean-François Mousseau fait le portrait d’un gamin porteur d’un collier destiné à chasser le mauvais œil. Il a, lui, des yeux d’un vert brun clair, mêlé, extraordinaire. La malédiction est partout, la menace des combats, des conflits dont l’homme est fanatique. Quelques pierres colorées et des pièces pourraient détenir le pouvoir d’exorciser le malheur. Pierres rares, beaux minéraux de la terre, tout comme le cerf-volant des airs sont une chance de dévier le sort, de survivre avec un peu de bonheur.

L’enfant pêcheur de la barrière de corail, semble lui – naturellement serti – dans la joaillerie de la mer. Il pêche au cœur d’un trésor. Il darde son regard ferme et brillant. On l’imagine plus libre que les autres. La barque vole sur les eaux. Le ciel et la mer sont des espaces ouverts. Mais on connaît désormais la fragilité du corail rongé par le réchauffement de la planète.

Samba de la Guinée Bissau a été opéré du cœur et sauvé grâce à une magnifique association de mécénat dont Jean-François Mousseau fait partie. Maintenant Samba peut courir et jouer avec son ballon de foot qui, comme le cerf-volant du petit Afghan, fuse dans le ciel, bondit, ricoche. Libre comme le bateau des pêcheurs sur les vagues.

Une vie d’enfant est suspendue entre la diversité des possibles. Les pires, la guerre, la maladie ou les meilleures, la guérison, le jeu, le foot, la vague vive, les fleurs de corail.

La culture traditionnelle peut aussi porter les enfants, assurer un sens à leur destinée. Ainsi les gosses de l’Inde qui dansent en l’honneur de Krishna sont placés sous le signe d’un dieu très populaire, aux aventures fabuleuses.

En Inde les dieux dansent. Et les rituels sont souvent dansés savamment. Les enfants marionnettistes du Rajasthan apprennent la dextérité, le mouvement des poupées illustrant les vieux récits de l’Inde.

Bouger toujours et encore. La vie danseuse, brodeuse agile. C’est un peu la leçon de toutes ces photographies de Jean-François Mousseau : l’aventure de l’espace, la liberté et la science du geste, le jeu de voltige. La turbulence.

Seul, le très jeune moine novice du Laos semble drapé dans l’immobilité bouddhique. Émane de son attitude une impression de sérénité, de souveraineté qui sidèrent chez un enfant. Sa majesté mystérieuse. Mais la vie, pour lui aussi, épousera un grand et lent mouvement intérieur vers la délivrance.

Se délivrer de la pesanteur du monde et des choses, c’est bien le luxe de l’enfance. Voler, danser, fuser en barque, en ballon, en cerf-volant vers le corail paradisiaque.

L’enfance est un cerf-volant de corail par Patrick Grainville, académicien, écrivain.

« REGARDS CROISÉS : DE KABOUL À BISSAU »
Photographies de Jean-François Mousseau,
jusqu’au samedi 16 mars 2019 à la Médiathèque de Châteaubriant.