Tribune Libre

Pourquoi ce risque pris par les forces de l’ordre ?

Dans une tribune libre, Denis Talledec, porte-parole de Trajectoires Nantaises, le Cap citoyen, revient sur la Fête de la Musique à Nantes

Pourquoi ce risque pris par les forces de l’ordre ? Samedi 22 Juin 2019 à 4h30 du matin, 14 ou 15 jeunes nantais sont tombés dans la Loire, à la suite d’une intervention des forces de l’ordre pour disperser la fin d’une soirée électro en bord de Loire qui avait dépassée l’horaire autorisée.

Pourquoi une action d’une telle ampleur dans un environnement où un mouvement de foule met automatiquement la population en danger et même en danger de mort (pas de gardes-corps sur les quais) ?

Pourquoi ce risque pris par les forces de l’ordre, face à une manifestation festive préalablement autorisée ?

Pourquoi cette action violente face à une manifestation festive ? Était-ce si grave de dépasser d’une demi-heure l’horaire autorisée pour légitimer une telle intervention ? L’intervention de ce type des forces de l’ordre est-elle devenue la norme ? A l’heure où nous parlons, un jeune nantais est toujours porté disparu.

Il est nécessaire que le commandement des brigades soit entendu dans leurs choix d’actions. Il est nécessaire de rappeler que la mission première des forces de l’ordre est la protection des personnes et des biens. Ces jeunes fêtards ont-ils été protégé ? Il ne nous semble pas ! Ce type d’intervention met gravement en péril le lien police/population. Or, de bonnes relations entre policiers et citoyens sont une condition déterminante pour permettre à la police de travailler efficacement et sereinement.

Et à la population de se sentir en sécurité. Cependant, nous savons bien que ces rapports s’avèrent parfois conflictuels.

Les représentants justifient leurs interventions quant au fait qu’une partie des personnes présentent étaient sous influences de divers consommation (alcool, stupéfiants…). Dès lors une question s’impose : est-ce plus sécurisant de disperser ces personnes en nombre dans la ville avec tous les dangers que ceci peut engendrer tant pour eux, que pour les autres ? Ou fallait-il travailler à faire retomber les risques en les maintenant un peu sur site afin que les effets se dissipent quelque peu ? Rappelons que des structures en matière de prévention et d’accompagnement des risques existent et travaillent depuis fort longtemps sur le terrain.

En matière de free party, la seule réponse répressive a depuis fort longtemps montrer ces limites. Rappelons que pour y répondre, l’État a lui-même développer des dispositifs et des structures, afin d’accompagner ce type de manifestations. Manque d’anticipation il est évident ! Manque de transversalité sans aucun doute ! Et manque de discernement il est certain !

Les faits du 22 Juin sont d’une extrême gravité et doivent être considérés comme tel au plus haut niveau de l’État, les responsabilités identifiées, condamnées et sanctionnées dans les plus brefs délais !

Nos pensées vont aux victimes, à leurs familles, à leurs amis.

Plus globalement, nous pensons qu’il est plus que nécessaire d’ouvrir les esprits, sur la relation police/population. En effet, depuis quelques temps nous constatons à Nantes une surenchère dans les interventions policières, lors d’attroupement, de regroupement de foules. Manifestations des Gilets Jaunes, de la Marche pour le Climat, gazage de passants et commerçants du centre-ville, interventions chez des commerçants.

La perception de la police de ne peut se limiter à celle du bâton ! La police doit être considérée comme un corps émanant de la population, des citoyens ! Comme un outil protecteur et non uniquement répressif.

L’État dans ses fonctions régaliennes dispose de cette responsabilité qui est de protéger la population.

Force est de constater qu’en l’espèce, nous pouvons en douter.

Il s’agit donc de réinterroger tant la posture des forces de l’ordre que leurs missions. En effet, sont-ils missionnés pour imposer, « mater » la population ou plus exactement l’expression de certaines populations ou pour participer au vivre ensemble. Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme. Bien sûr que protéger les biens publics ou privés est indispensable. Nous avons besoin des forces de l’ordre notamment dans la protection des biens et des personnes. Fonctions, qu’ils assurent au quotidien et nous le saluons.

Cependant, dans la fonction de maintien de l’ordre nous constatons un glissement voire une surenchère dans les modalités d’interventions.

Parallèlement, des faits de violences sur l’espace publique (agressions sur personnes dans les quartiers Feydeau, Bouffay, Ile de Nantes, … tirs à l’arme de guerre, etc…) s’amplifient à Nantes.

Sans faire l’amalgame, nous ne pouvons pas, ne pas se questionner quant aux priorités et aux moyens mis à disposition de certaines missions. Ceci réinterroge l’État dans ses capacités et sa volonté de répondre à ces enjeux. L’État ne peut pas constamment fuir ses responsabilités au risque de fissurer la république. L’État doit assumer ses limites et le cas échéant repenser les partages de compétences entre les collectivités et l’État.

Alors à Nantes que peut-on faire, que peut-on faire à l’échelle d’une ville ? Que peuvent faire des élus locaux dans la limite de leurs responsabilités ?

Une nouvelle organisation s’impose.

Les villes participent notamment au rapprochement entre la police et les citoyens, en agissant comme intermédiaire.

Nous savons que la relation entre police et population est souvent compromise par des causes telles que la méconnaissance du rôle et des compétences de la police de la part des citoyens.

L’insuffisance des formations spécifiques pour les policiers. Les difficultés rencontrées par la police pour pouvoir réagir rapidement face aux délits mineurs. Ou encore le fait que les citoyens et la police ont rarement l’occasion de se rencontrer et de dialoguer.

Les villes avec le soutien de l’État doivent s’impliquer dans la mise en place et l’animation d’instances de concertation représentatives de l’ensemble de la population. Et notamment des groupes les plus éloignés des institutions, qui permettront d’établir un dialogue autour des priorités d’actions préventives. Elles peuvent également jouer un rôle dans l’encadrement de la participation des citoyens à l’action préventive des forces de l’ordre.

Le citoyen doit pouvoir :

Protéger dans son intégrité physique et moral. Exprimer ses attentes en matière de sécurité et être entendu.

Être informé des suites données aux problèmes de sécurité qui le concernent directement, ainsi que des mesures prises par la police pour la résolution des problèmes de sa ville. Participer sans pour autant qu’il lui soit demandé, ni permis, de suppléer la police.

Mais tout ceci ne peut se faire que sous l’impulsion de l’État ! L’État s’est éloigné de plus en plus de la réalité des habitants. L’État ne peut se préoccuper uniquement des volets répressifs en laissant la police du quotidien au villes sans leurs en attribuer les compétences et les moyens !

Denis Talledec, Porte-Parole de Trajectoires Nantaises, le Cap citoyen.

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